Pterapogon kauderni et anémones …

Article de Christian SEITZ

En visitant l’aquarium de Düsseldorf, j’ai été fasciné par leur grand bac d’invertébrés de 20.000 l mais, au milieu de toutes les splendeurs que j’y ai vu, j’ai été particulièrement surpris par un banc de jeunes Pterapogon kauderni ayant trouvé refuge au milieu des plis d’une énorme anémone (Stichodactyla mertensi verte).

Or, je n’avais jamais entendu dire que les kauderni pouvaient se réfugier ailleurs que dans des épines d’oursin, en général des oursins Diadèmes.


CoupleKauderni
En montant le 600 litres d’invertébrés du club, les premiers occupants en tant que poissons furent un Z.flavescens et un couple de kauderni, déjà adultes et se reproduisant régulièrement. Peu de temps après j’ai acheté une anémone assez jeune dans le but d’y mettre un couple de poissons clowns plus tard, quand elle aurait trouvé sa place. J’ai remarqué alors que le couple de kauderni se réfugiait aux abords de cette Heteractis magnifica. J’ai eu un peu peur pour eux mais visiblement ils avaient l’air de savoir ce qu’ils faisaient … bon !

CoupleKaudeAnemo

Sur cette photo prise en octobre 2000 vous pouvez voir le couple à proximité de l’anémone et au moindre signe suspect, ils se rapprochaient immédiatement des tentacules.

Les kauderni se sont reproduit et nous avons récupéré quelques petits ayant échappés à la voracité de la mère. Un oursin Diadema setosum avait été disposé dans le bac et nous avons donc souvent vu les petits cachés à l’abri des épines dès leur libération de la bouche paternelle. Le lendemain en général la majorité de la portée a disparu mais nous récupérons les quelques survivants dans la décantation, les alevins se laissant dériver la nuit dans le courant et tombant dans les subverses. Nous les installons ensuite dans des pondoirs à guppies dans le bac principal et nous les nourrissons aux nauplies d’Artémias. Quand ils ont environ 2 mois nous les transvasons dans un bac plus grand et commençons à les nourrir aux Artémias vivantes. En moins d’une semaine ils acceptent les Artémias congelées. Malgré tout nous n’avons que peu de survivant. Nous avons donné une paire d’une première naissance qui sont morts chez leur nouveau propriétaire. Cela dit, je pense que celui-ci s’est laissé abusé par leur technique qui consiste à faire le mort en cas de stress.

Mais ce n’est pas de cela dont je veux parler mais d’un fait qui m’a vraiment surpris avec les kauderni et les anémones.

Nous avons reçu une anémone Condylactis gigantea en provenance de la Guadeloupe et l’avons mise dans le bac du club où elle s’est trouvée une place rapidement. Le mâle kauderni incubait tranquillement depuis presque un mois et un soir nous voyons les 4 premiers échappés dans les épines du Diadema. Le lendemain, un dimanche, je passe au club et que vois-je ?!?! une dizaine de kauderni dans l’anémone des Antilles. Demi-tour et j’ai foncé à la maison prendre mon appareil photo pour essayer d’immortaliser ces instants. Alors bien sur j’ai pris plein de photos, pratiquement toutes ratées et voici les meilleures !

Alevins Kauderni dans une anémone (1)

Alevins Kauderni dans une anémone (1)

Alevins Kauderni dans une anémone (2)

Alevins Kauderni dans une anémone (2)

Alevins Kauderni dans une anémone (3)

Alevins Kauderni dans une anémone (3)

Alevins Kauderni dans une anémone (4)

Alevins Kauderni dans une anémone (4)

Quand j’ai eu bien mitraillé et que je me suis rendu compte que les photos étaient toutes floues et que je ne pouvais rien faire pour améliorer leur qualité j’ai posé mon appareil et j’ai enfin jeté un œil sur le reste du bac.

Nouvelle surprise, 10 autres kauderni, leurs frères, étaient dans l’oursin !

Alevins Kauderni dans un oursin diadème

Alevins Kauderni dans un oursin diadème

D’accord, cette photo est vraiment nulle ! C’était la première fois que je voyais une portée pratiquement au complet, 10 petits dans l’oursin et 10 dans l’anémone + les 4 de la veille que nous avions récupéré (moins 1 mort pendant la pêche). Malheureusement le lendemain il ne restait que 8 survivants dans la décantation.

Je voulais profiter des articles de l’ami Léon (Note du Léon : Merci Christian !!!) sur le sujet pour rajouter cette observation personnelle sur les Pterapogon kauderni dont je suis assez fier car je pense être le seul à avoir fait ces observations, où du moins à en avoir parlé. Peut-être qu’en milieu naturel les kauderni se réfugient normalement dans les anémones, toutefois je ne les ai pas vu se frotter à elles, comme les poissons clowns, mais nager entre leurs tentacules. Je pense que leur petite taille et leur vivacité leur permet d’éviter le contact et d’être brûlés par leur venin.

Sur 5 naissances nous n’avons pu sauver que peu d’alevins pour cause de prédation, principalement de la mère puis du père quelques heures après. Deux portées ont totalement disparues et sur les trois autres nous avons eu successivement 2, puis 3 et enfin 8 survivants. Les 2 premiers ont été donnés (plus exactement échangé contre d’autres animaux), un seul des 3 suivants à survécu. Ses frères sont morts peu de temps après un nettoyage de leur «cage». Sur les 8 derniers-nés, 4 étaient encore en vie dans la cage à guppies et nous avons compris quel drame s’était passé : une Aïptasia avait trouvé le moyen de se développer dans leur refuge. Elle a grandi très vite, sans doute parce qu’elle profitait du copieux nourrissage journalier en nauplies et nous pensons qu’elle a mangé les autres alevins.